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Nos bureaux, purs produits
de consommation ? 

Comment l'évolution des modes de consommation impacte-elle les usages immobiliers ? 

24 février 2020

La prise de conscience de l’urgence climatique, l’essor de l’ultra-personnalisation et de la gamification, l’avènement des nouvelles technologies, du e-commerce ou encore de l’uberisation changent radicalement nos façons de vivre, de nous déplacer et de consommer. Nos environnements de travail ne sont pas épargnés par ces mutations structurantes. Les bureaux s’adaptent et se muent en purs produits de consommation pour rester tendances. 

Ere du partage

On voit fleurir partout des termes au préfixe « co » : coworking, coloving covoiturage…  Aucun doute, l’heure du partage a sonné. La logique de propriété s’efface au profit de l’usage. Aujourd’hui on partage tout : sa maison sur AIRBNB, sa voiture avec BLABLACAR oui OUICAR… Et même son bureau ! C’est le principe du flex-office qui propose de mutualiser les postes de travail, au profit du déploiement d’un large choix d’espaces alternatifs – en moyenne multipliés par 3. « Une vaste palette d’espaces voit le jour : workcafés, fablabs, espaces de brainstorming, bulles de concentration, salles de sport et de détente... » détaille Rémi Calvayrac, Directeur du Département Workplace & Design de JLL. Chez MSD, la fin des postes attitrés s’accompagne d’une refonte totale des espaces pour booster la collaboration, favoriser la prise d’initiative et libérer la créativité. Un étage entier est surplombé d’une mezzanine dédiée au travail collectif. On y trouve un espace zen, un lounge, une zone silence avec une bibliothèque et même du corpoworking[1]. Ce changement invite les salariés à repenser leurs façons de travailler tout en consommant mieux l’espace.

Ere de l’expérience

Face à la montée en puissance du e-commerce, les boutiques rusent d’astuces pour rester compétitives. Naissent alors des magasins hybrides qui mélangent commerces, services et restauration. Dans les bureaux, la démocratisation du travail à distance pousse les entreprises à innover pour continuer à attirer les collaborateurs qui peuvent travailler partout. « Comme dans les boutiques, on vient chercher au bureau ce qu’on ne trouve pas chez soi derrière son ordinateur : le contact humain, la qualité de rencontre. Les environnements de travail doivent favoriser la sérendipité et proposer des espaces d’échanges informels et des lieux de collaboration » explique Rémi Calvayrac. Nos espaces de travail peuvent aussi s’inspirer de l’hôtellerie en développant des services 5 étoiles et sur-mesure : conciergerie, crèche, pressing… Chez Deezer, tout y est : jardin, salle de sport, cours de boxe ou de yoga, lieux communautaires… Une telle offre de services de bien-être et de restauration pourrait permettre aux collaborateurs d’être jusqu’à 25% plus performants ! Chacun y trouve son compte et peut vivre une expérience à la fois unique et personnalisée.

Ere de l’immédiateté

Nous vivons dans une société de l’instantané où l’on veut tout, tout de suite : être livré en instantané par ubereat ou amazon, trouver une information en 2 clics, acheter directement via son téléphone… Simplicité et rapidité deviennent les mots d’ordre de notre siècle. Les bureaux se mettent à la page et proposent des app’ multifonctions : chat, conciergerie digitale, réservation de salles, télécommande (contrôle stores, lumière, température, ...). L’application générale de BETC propose même de la géolocalisation entre collaborateurs (ponctuelle et sur demande), une fonction de guidage pour trouver un lieu ou un collègue ou encore un filtre à expertise. « 74% des salariés rêvent même qu’une app’ leur propose le lieu de travail le plus adapté en fonction de leur agenda. Un concentré de services et de relations au bout des doigts qui deviendra l’assistant personnel des collaborateurs » projette Rémi Calvayrac. 

Ere du responsable

Les convictions écologiques n’ont jamais été aussi fortes, aujourd’hui on cherche à consommer éthique : plus local, en vrac, de seconde main… Une attention particulière est également portée à ce que nous consommons : qui n’a jamais vu les clients des supermarchés dégainer leur app’ YUKA et tout scanner sur leur passage ? « Les bureaux, eux aussi doivent se mettre au green, 40% des émissions de gaz à effet de serre sont gérées par la construction et l’exploitation des bâtiments » alerte Remi Calvayrac. Les salariés ont besoin que leur environnement de travail reflète leurs convictions : matériaux biosourcés, biodiversité (murs et toits végétalisés, ruches…), recyclage (récupération eaux de pluie, économie circulaire…). Se mettre au vert passe aussi par réduire ses consommations énergétiques. Chez Generali, les données climatiques (température extérieure, luminosité...) sont gérées par un bâtiment intelligent qui ajuste en temps réel les besoins de ventilation, de chauffage ou de climatisation.

Ces transformations, loin d’être de simples tendances, reflètent de profondes évolutions sociétales. Nos environnements de travail ne peuvent s’affranchir de ces mutations, au risque de devenir obsolètes. Les entreprises doivent revoir leur stratégie workplace : du choix des matériaux jusqu’à la mise en place d’outils digitaux, en passant par la création d’espaces et de services innovants.

 

[1] Coworking à l’intérieur d’une entreprise, réunissant les collaborateurs de celle-ci. 

Re-Generation by JLL

Le monde change. L'immobilier doit se réinventer pour incarner nos futures façons de vivre, de consommer et de travailler ensemble.