Edito et opinion

Pendant et après le confinement, les challenges
de la logistique urbaine

La nécessité de repenser les livraisons en ville était déjà identifiée, sous l’angle critique de la pollution, de l’encombrement, de la sécurité… Mais la crise du Covid-19 a mis en lumière le rôle indispensable et stratégique de cette filière qui a permis d’assurer à chacun un approvisionnement en produits – parfois de première nécessité – malgré les mesures de confinement.

05 mai 2020

La pandémie de covid-19 bouscule nos habitudes, transforme nos sociétés et challenge nos organisations. Les contraintes inédites induites par les mesures de confinement agissent également comme catalyseurs de tendances déjà engagées. 

La nécessité de repenser les livraisons en ville était déjà identifiée, sous l’angle critique de la pollution, de l’encombrement, de la sécurité…  Mais la crise du Covid-19 a mis en lumière le rôle indispensable et stratégique de cette filière qui a permis d’assurer à chacun un approvisionnement en produits – parfois de premières nécessités – malgré les mesures de confinement. La logistique urbaine doit donc désormais relever le double défi de l’accélération de son développement et de son insertion harmonieuse dans la ville de demain.

 

Les besoins de livraisons en forte croissance

Depuis le début du confinement, les ventes en ligne ont connu une augmentation spectaculaire (entre +20 et +25% depuis la 1ère semaine de mars 2020 selon les études). Compte tenu des circonstances, le E-commerce a franchi des paliers importants pour sa croissance, en volume, mais aussi sur des segments où il était en retard :

  • Premiers menacés par le virus, et incités à rester à l’abri dès le début de la crise, les seniors se sont mis au e-commerce alors qu’ils étaient largement sous-représentés chez les consommateurs en ligne.
  • Les produits alimentaires, y compris viandes et produits frais, ont également fait leur apparition dans les commandes internet (+40% depuis la 1ère semaine de mars 2020 d’après le baromètre FoxIntelligence/LSA).

Ces nouveaux usages, nés des contraintes de la crise vont lui survivre et le volume de livraisons en augmentation régulière depuis 15 ans va continuer de s’accélérer. De plus, à l’issue du confinement, les commerces traditionnels réouvriront peu à peu et aux livraisons e-commerce s’ajouteront à nouveau les flux de véhicules dédiés à leur approvisionnement. A titre d’exemple, selon une étude réalisée par JLL avant la pandémie, le besoin de surfaces pour l’activité colis e-commerce pour le Grand Paris était évalué à 200 000 m² pour 2020, et estimé à 800 000 m² pour 2030 en raison de la forte progression de l’activité en ligne B2B et B2C.

Il est vraisemblable que ces chiffres soient encore plus élevés aujourd’hui.

Et cette situation est la même pour toutes les métropoles.Comment faire face à cet accroissement d’activité ?

 

Des infrastructures insuffisantes et inadaptées

La livraison en centre-ville s’est développée en s’appuyant sur le parc immobilier existant. Or les plateformes logistiques classiques proposant des bâtiments de qualité sont souvent éloignées des grandes agglomérations.  Et aux abords et dans les centres urbains, les rares fonciers ou bâtiments en friche sont plus volontiers dédiés à des développements résidentiels ou tertiaires qu’à la construction d’entrepôts. Ce maillage oblige les opérateurs logistiques à appliquer des solutions imparfaites, chargeant des véhicules dans des entrepôts à plusieurs dizaines de Kilomètres de leur lieu de livraison, générant des coûts de transport importants et rendant souvent l’utilisation de véhicules électriques impossible. Or la ville est en train de changer et les véhicules vont devoir s’adapter.

 

Qualité de ville

L’accroissement des flux de livraison se heurte en effet également aux volontés de limiter les émissions de CO2 et de préserver la qualité de l’air dans les villes.  Les projets de piétonnisation, de péage à l’entrée des villes et de mise en place de zones à faible émissions constituent des obstacles pour les modes de livraison « classique » et pourraient contrarier le développement indispensable des livraisons en ville. La logistique urbaine bien organisée est une solution pour faire face à cette demande croissante en proposant des moyens adaptés aux exigences de nos villes.

 

Structurer et moderniser la logistique urbaine

Pour atteindre le double objectif de servir efficacement les clients et s’insérer harmonieusement dans le fonctionnement des villes, la logistique urbaine peut s’appuyer sur deux piliers :  le développement d’un immobilier adapté à ses besoins et le recours à la technologie pour optimiser les opérations.

 

Réseau de bâtiments logistiques

Il n’est ni possible, ni souhaitable de développer des entrepôts logistiques XXL dans les centres-villes pour permettre les livraisons.  Mais des solutions existent !

En premier lieu, en prévoyant un maillage efficace de bâtiments de différents types, différentes tailles positionnées stratégiquement sur le territoire. De la plus grande unité en grande périphérie pour recevoir le fret national ou international depuis le rail, la route, les airs ou la mer, à la plus petite unité de quelques m², au cœur du centre-ville pour des livraisons en véhicules très légers, vélos, triporteurs.  Ce réseau de bâtiments facilite leur intégration dans la ville pour une meilleure efficacité et une meilleure acceptation de ces infrastructures par les riverains. 

Par ailleurs, des solutions architecturales existent pour développer les surfaces logistiques nécessaires à la ville malgré la rareté du foncier. Dédiés à des opérations de distribution à l’aide de véhicules légers, ou organisés en points de retrait, des bâtiments sur plusieurs niveaux ou intégrés dans des programmes mixtes trouvent leur place dans le tissu urbain. Enfin, la localisation des unités de livraison dans les villes, plus proches des clients permet l’utilisation de véhicules moins polluants (électriques) voire non polluants (vélos, etc.), participant activement aux objectifs de préservation de la qualité de l’air en ville.

 

L’intelligence artificielle au service de la logistique urbaine et de la ville

La technologie et l’intelligence artificielle aident désormais à rationaliser et optimiser les ressources pour exploiter au mieux les bâtiments et les véhicules permettant de gagner en efficacité tout en minimisant les impacts. Dans les bâtiments, l’intelligence artificielle couplée aux systèmes de gestion des entrepôts (Warehouse Management System – WMS) permet de tirer le meilleur parti des surfaces en aidant à l’organisation du stock et en apportant des prévisions permettant d’anticiper les besoins et les solutions.  Appliquée à l’échelle du réseau d’entrepôts, les gains d’efficacité sont multipliés. En optimisant les surfaces nécessaires, ces technologies contribuent à limiter l’empreinte foncière de la logistique du dernier kilomètre, dans des zones urbaines denses ou chaque m² compte.

L’intelligence artificielle est également utilisée pour la gestion des flottes de véhicules et l’utilisation optimale de leurs capacités pour éviter les trajets à vide. En améliorant l’efficacité des tournées et en préconisant le type de véhicule adapté, l’intelligence artificielle contribue à limiter l’empreinte carbone de la logistique urbaine.

 

Challenge accepted !

La crise du Covid-19 a accéléré les besoins de la logistique urbaine et mis en lumière son utilité et son caractère stratégique. En combinant immobilier et technologie, nous pouvons développer une logistique urbaine robuste, efficace et respectueuse des enjeux des villes de demain. Ces réflexions et projets impliqueront collectivités et acteurs publics, développeurs, logisticiens et utilisateurs.

Le département Supply Chain & Logistics Solutions de JLL a l’habitude de ces missions. Echangeons et accélérons la mutation de la logistique urbaine ! 

Et surtout, portez-vous bien ! 

Rédacteur : Mathieu Terzian, Responsable Transactions Industriel et Logistique Sud France