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Paris respire avec l’agriculture urbaine

Dans un contexte de changement climatique, les grandes métropoles sont exposées à des phénomènes qui leur sont propres comme la chaleur et les risques d’inondation en lien avec l’imperméabilisation des sols. Pour pallier ce problème, Paris tente de favoriser le retour de la nature en ville.

07 janvier 2019

« L’impact de l’agriculture urbaine est donc double. Elle permet d’une part d’accroitre les espaces verts dans la ville et, d’autre part, de répondre aux enjeux écologiques et sociétaux du monde d’aujourd’hui. »

Virginie Houzé, Directeur Etudes & Recherche France, JLL

Paris manque d’air pur. Au fil des décennies, les surfaces artificialisées ont gagné du terrain au détriment des espaces verts, favorisant l’apparition des ilots de chaleur urbains responsables de la hausse des températures dans la capitale. Dans un contexte de changement climatique, les grandes métropoles sont exposées à des phénomènes qui leur sont propres comme la chaleur et les risques d’inondation en lien avec l’imperméabilisation des sols.

Pour pallier ce problème, la municipalité tente de favoriser le retour de la nature en ville. Dès 2013, la ville lance l’appel à projets « Végétalisation Innovante » dans le but de rendre Paris plus respirable. C’est dans ce cadre que la startup Sous les fraises installe une culture de fraises et plantes aromatiques sur la terrasse des Galeries Lafayette en 2015.

Depuis, le phénomène a pris de l’ampleur. « Dans le cadre de la charte « Objectif 100 hectares, signé en 2016, la ville de Paris a décidé de lancer une nouvelle opération appelée Parisculteurs pour provoquer des initiatives innovantes afin de végétaliser 100 hectares de bâti d’ici 2020, » explique Virginie Houzé, Directeur Études & Recherche France chez JLL. « Les propriétaires et les pouvoirs-publics ont alors mis à disposition des écoles, des gymnases mais aussi des immeubles de bureaux et d’habitation. »

Dans le 12ème arrondissement, par exemple, quatre terrasses de l'Opéra Bastille ont été proposées pour être transformées en ferme maraîchère de fruits, de légumes et de fleurs comestibles. Tandis que dans le 2ème arrondissement, un espace d’agriculture hydroponique utilisant des minéraux d’origine organique pourrait voir le jour. Cette ferme vise à produire légumes, fruits et aromates, dans le but de les distribuer aux habitants du quartier. Cela répond ainsi à l’appétit croissant pour les aliments cultivés localement.

« Aujourd’hui, les citadins dans l’ensemble des pays développés sont particulièrement sensibles aux sujets de qualité de l’alimentation, des pesticides, des OGM, et ils se demandent s’il n’y a pas une façon de consommer plus local, » estime Virginie Houzé. « L’impact de l’agriculture urbaine est donc double. Elle permet d’une part d’accroitre les espaces verts dans la ville et, d’autre part, de répondre aux enjeux écologiques et sociétaux du monde d’aujourd’hui. »

Déploiement des fermes urbaines

Le succès est grandissant au point de faire des émules. A Paris, après un Parisculteurs Saison 2 lancé en 2017, la municipalité a imaginé des murs à houblons, toujours dans une démarche privilégiant la production locale pour les brasseries parisiennes.

En province, des villes comme Toulouse et Lyon accueillent à présent leur ferme urbaine alors qu’en région parisienne, entre Aubervilliers et Saint Denis, « Sous les Fraises » vient d’ouvrir une ferme aquaponique.

Cette exploitation, qui combine l'élevage des poissons et la culture de plantes grâce à des solutions nutritives renouvelées, vise à favoriser la biodiversité et permet aux habitants du quartier de s’approvisionner sur place.

Consommation limitée

Mais, difficile pour autant de concevoir une production exclusivement locale.

« Il est clair que nous n’avons pas suffisamment de surfaces agricoles en Ile-de-France pour satisfaire tous ces besoins et la ville de Paris et la région sont donc obligées d’importer l’essentiel des denrées alimentaires, » affirme Virginie Houzé.

Reste la solution d’un partenariat avec des entreprises ou des enseignes. Ces dernières sont d’ailleurs nombreuses à soutenir ces projets car, au-delà de s’inscrire dans leur politique de responsabilité sociale et environnementale, ces initiatives permettent avant tout de répondre à la quête de naturel recherchée par leurs utilisateurs.

Ainsi, depuis 2014, la fondation Veolia reste un des principaux partenaires de la REcyclerie, une ancienne gare du nord de Paris réhabilitée en lieu d’expérimentation écoresponsable.

L’effet sur l’environnement

Quant aux problématiques de réchauffement climatique et de pollution de l’air, les fermes urbaines représentent certes, un pas dans la bonne direction. Mais elles ne pourront pas, à elles seules, endiguer les problèmes d’ilot de chaleur urbains.

« Des projets d’hydroponie ou d’aquaponie, par exemple, sont des cultures qui sont faîtes dans des lieux clos et parfois privés de lumière naturelle comme dans des sous-sols ou des parkings, » explique Virginie Houzé. « Cette agriculture répond à des attentes de production locale mais n’intervient pas sur des sujets de pollution atmosphérique ou de chaleur urbaine qui nécessitent une approche beaucoup plus large. »

Pour autant, c’est en revégétalisant Paris dans son ensemble que des progrès en matière d’environnement seront perçus et appréciés, note-t-elle. Sans compter le fait que ces projets permettront aux citadins de retisser peu à peu un lien avec la nature.