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Engagement et performance : 
le laboratoire de la 
Silicon Valley (2/2)

Dans le berceau des GAFAMs, les notions d’engagement des salariés
et de performance des entreprises élargissent leurs contours grâce
à une nouvelle politique sociale et une nouvelle conception du lieu de travail. 
28 janvier 2019

Impulsée par de jeunes colosses sans tradition organisationnelle (Google, Apple, Facebook, …), une nouvelle donne voit le jour. Dans ce second volet, après avoir traité de la culture d’entreprise et du sentiment d’appartenance, nous revenons sur les lieux de ces nouvelles cités-entreprise.

Ce qui est frappant, c’est que l’espace de l’entreprise s’étend bien au-delà des frontières classiques du bureau, englobant des nouvelles fonctionnalités qui interrogent sur la sphère d’influence de ces géants. A Menlo Park (Facebook), c’est une véritable ville dans la ville qui sort de terre, avec un shopping mall et des logements à prix abordables pour les employés. Les problèmes d’éloignement du domicile étant patents en Californie, où il n’est pas rare de se lever à 4 heures du matin pour être au travail à 8 heures, les entreprises réalisent que le développement d’espaces de vie sert à la fois la cause des employés et celle des entreprises.

« Ces entreprises élaborent dans une certaine mesure un nouveau "contrat social" comme a pu l'être, en son époque, le phalanstère de Fourier. »

Flore Pradère Responsable Recherche Entreprises, JLL

Nouveaux cadres pour un nouveau contrat

Car au-delà des initiatives en matière de “bonheur au travail”, souvent galvaudées, la véritable avancée en matière sociale et RH pourrait bien consister en une prise en charge par l’entreprise de l’intégralité des besoins de ses employés : sport, garde d’enfants, nutrition, spiritualité, culture…

En repensant les bénéfices mutuels et en englobant jusqu’à la vie privée de leurs employés, qui sont par ailleurs des parents, des consommateurs, des individus engagés dans différents domaines. « Ces entreprises élaborent dans une certaine mesure un nouveau “contrat social” comme a pu l’être, en son époque, le phalanstère de Fourier. » explique Flore Pradère, Responsable Recherche Entreprises.

Et cette nouvelle philosophie se traduit dans l’espace : l’entreprise devient une unité géographique qui englobe bâtiments, parcs, dépendances et pose ses frontières. Le bureau se vit comme un territoire, “brandé” avec la signalétique de la marque. « L’extérieur et l’intérieur dialoguent, la recréation d’une cité dans la cité est pour ces entreprises à la fois une création de valeur pour leurs employés, et une démonstration de leur puissance politique. » souligne Flore Pradère.  Amazon, lors du récent projet d’implantation de son siège social, a d’ailleurs reçu 240 dossiers de villes américaines, toutes lui promettant avantages fiscaux et mises à disposition de leurs équipements.

Protection et services, facilitation et “care” à l’américaine, les infrastructures mises en place par les plus innovantes des entreprises de la Silicon Valley ne doivent pas nous faire oublier qu’elles sont créées dans le cadre d’un contrat qui lie l’entreprise à l’individu. Si donc elles donnent autant, qu’est-il attendu de l’autre partie ? Adhésion aux valeurs, implication totale et inconditionnelle ? La très en vogue “employee advocacy” suffit-elle à motiver ces géants capables de créer et détruire des mondes, suscitant ainsi autant de craintes qu’elles ont de pouvoir ?