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Témoignage Université Rennes 2

​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​Témoignage entreprise

Tenir compte des comportements d'attachement et d'appropriation

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Virginie Dodeler, Maître de conférences en psychologie sociale




« En matière de transformation de l'environnement de travail, un point important est la référence à un 'territoire primaire', sur lequel le collaborateur a le contrôle. »
Virginie Dodeler


En tant que spécialiste de la psychologie sociale et environnementale, pouvez-vous nous dire ce qui se joue dans notre attachement au bureau physique ? Dans quelle mesure les bureaux constituent-ils des repères, des vecteurs d’identité ? Quels rapports peut-on établir entre le physique (l’environnement de travail) et le métaphysique (le bien-être au travail) ?

L’espace de travail est généralement perçu comme un « territoire primaire ; on y observe des comportements de territorialité et d’appropriation, dans le but de se créer un espace personnel : le collaborateur peut le personnaliser, y laisser des affaires personnelles, en contrôler les paramètres environnementaux - température, bruit, lumière, etc.
Le sentiment de contrôle passe également par la régulation des interactions sociales, fondée sur l’accès à un minimum de « privacité »: notamment, à travers la possibilité de s’isoler, pour se concentrer ou pour avoir une conversation confidentielle, dans un espace dédié, dès que nécessaire. Ou encore à travers la capacité à décider du niveau d’information que l’on souhaite donner aux autres – collègues, managers - sur son travail et sur soi-même : par exemple en ayant la possibilité de se protéger visuellement du regard des autres…
Sur ce sujet, des études montrent que les individus se sentent mieux lorsqu’ils gardent le contrôle sur leur poste de travail, tandis qu’un manque de contrôle peut entraîner des troubles comportementaux.
Enfin, il faut noter que le rapport complexe à l’espace peut également s’expliquer par le fait que l’aménagement des bureaux véhicule une certaine organisation sociale. Il est en lien étroit avec la reconnaissance : avoir un poste de travail donné, c’est avoir une place clairement identifiée et reconnue dans l’organisation. Y toucher revient à modifier cette organisation.

Face à ce rôle du bureau physique, quels points vous semblent indispensables à un changement d’environnement de travail réussi ?

La modification, voire la suppression, du territoire individuel requiert un accompagnement important.
D’abord, le besoin d’appropriation reste fondamental. Celle-ci peut être individuelle ou collective, avec ou sans signes apparents. Elle peut également prendre la forme de routines, ou de comportements particuliers, comme par exemple la possibilité de réorganiser les meubles dans un bureau partagé.
Ensuite, il est fondamental de réfléchir à de nouvelles règles de fonctionnement et d’utilisation de l’espace, sous peine de voir se créer de nombreuses tensions entre les collaborateurs. Poussé à l’extrême, ce phénomène est très bien illustré par le cas des sous-mariniers : pour évoluer en harmonie dans un espace aussi petit et confiné qu’un sous-marin, il est en effet essentiel de bien distinguer l’espace personnel de l’espace partagé, et d’instituer des règles claires et respectées par tous.